Goethe Institut – Singa Lyon

“La langue de l’Europe, c’est la traduction.” On connaît cette célèbre phrase d’Umberto Eco. Elle ouvre des champs passionant, et fait bouger l’idée même de langue.

C’est sans doute une banalité de le dire, mais une banalité à rappeler, aujourd’hui, à l’ère de Deepl et des IA de traduction : une langue n’est pas qu’un simple outil de communication. C’est avant tout la représentation d’une culture et d’une certaine vision du monde. C’est en cela que toutes les langues sont infiniment précieuses et une véritable richesse.

Et on oublie assez souvent qu’ils et elles sont nombreu.ses autour de nous ceux et celles qui portent deux, trois langues maternelles, j’allais presque plutôt dire « langues naturelles »… Pour des raisons familiales, de géographies linguistiques locales, de migrations… Ce n’est pas toujours vu. Pas toujours, reconnu. Souvent valorisé à géométrie variable. Il y a toujours des langues considérées comme plus nobles que d’autres.

En tant qu’écrivain d’expression française, bien entendu, on ne me pose même pas la question, lorsqu’on m’invite pour animer un atelier d’écriture : les participants écriront en français. Je construis pourtant de plus en plus mes ateliers afin de pouvoir intégrer, un peu, beaucoup, toutes les langues que les participants portent en eux et amènent avec eux. Ça se fait de manière encore assez expérimentale, sur un fil instable, mais cette fragilité donne, avec et au delà de la poésie, de beaux moments collectifs. Et petit à petit, ateliers après ateliers, j’essaye de construire des séances de plus en plus internationales linguistiquement.

Ça a, en tout cas, été le cas – l’occasion ici était forcément inévitable – dans l’atelier que j’ai animé en compagnie de Lucie Rancien, cette semaine à l’invitation du Goethe-Institut de Lyon et de SINGA LYON dans le cadre du projet The Europe Challenge – « Telling our lives ».

Lyonnais de France ou de l’étranger, personnes des quatre coins du monde nouvellement arrivantes à Lyon, chacun chacune a pu apporter sa et ses langues, et nous avons créé un beau fouillis de poésie (et de dessin ; tant qu’à faire bouger les frontières, autant que les frontières artistiques et disciplinaires s’y mettent aussi) pendant quelques heures, tous et toutes ensemble.

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