Lectures / Performances

Les lectures sont en voix seule, ou font appel à d’autres artistes, d’autres médias : musique, projection… Sur cette page, des formes proposées en représentations publiques. À cliquer dans le menu de droite, des extraits visuels ou sonores d’ici ou de là, au gré des invitations et des souvenirs…

La Folie d’Alekseyev

Lecture théâtralisée – Poésie, images d’archives soviétiques, musique live.
Interprétation : Jean-Baptiste Cabaud, Christian Jeulin.
Musique composée par David Champey.

Cabaud Alekseyev Carré 30

Dans une cité scientifique du Nord de la Sibérie, en 1957, l’ingénieur soviétique Rostislav Evgenievitch Alekseyev expérimente le premier de ses ekranoplanes, ces étranges prototypes sur lesquels il travaillera vingt années durant. À ses côtés, Evguéni : son assistant, ami, conseiller, confident et pilote d’essai. À quelques heures du premier décollage d’une machine qui devra marquer le monde de l’aviation, Alekseyev parle, se confie, raconte ses efforts, ses visions d’avenir, plonge et fouille sa mémoire pour remonter aux sources de ce feu de création passionné qui guide son existence depuis l’adolescence. Soudés par le travail gigantesque déjà effectué au service de ce rêve d’adulte bien réel, les deux hommes partagent l’immense enthousiasme de ce projet grandiose.

Cette lecture théâtralisée est une adaptation scénique de mon long poème-récit La Folie d’Alekseyev, qui sera publié en 2017 aux éditions Dernier Télégramme.

Nous volerons à notre place, Evguéni ; notre juste place d’hommes. Au centre des éléments. Portés par le souffle de notre machine, nous naviguerons sur les vagues de la toundra. Puis lorsque celle-ci prendra fin, sans nous arrêter, sans même ralentir, nous poursuivrons sur la mer elle-même. […] Glisser sur le relief, s’appuyer dessus. Se laisser porter, simplement. N’être que nous même, c’est-là toute la beauté, mon ami ! Nous ne sommes pas des oiseaux. Nous n’avons pas besoin de leurs ailes immenses. Des moignons suffiront. Nous ne sommes pas des poissons. Nous pouvons nous défaire de quilles et de nageoires. Le sol, Evguéni : le sol ! C’est lui que l’on doit regarder pour voler. Plus nous descendrons et mieux nous volerons. Compresser l’air sous un ventre de fer : là est le secret. L’empêcher de fuir. Capturer le flux et boire ses humeurs. Sous nous le compacter. Le plaquer sur la terre. Il est si mouvant, si éparpillé. Alors l’absorber. L’apprivoiser, puis ne rien craindre par-dessus la steppe immense.”

La première a eu lieu en avril 2015  au théâtre le Carré 30, de Lyon. La pièce a été jouée une demi-douzaine de fois en représentations privées, depuis.

Précédentes programmations publiques :

– 28 avril 2015, théâtre le Carré 30, Lyon – création.

– 26 mars 2016, mois de la poésie, théâtre le Carré 30, Lyon.

– 28 avril 2016, bibliothèque de la Part-Dieu,  Lyon.

Images d’archives extraites des films projetés pendant la lecture

Steppe

KM flotte

Alk pilote

Alk neige

Alk enfants

Alk discute

Alk Ateliers

 

Une furieuse soif d’avenir me tenaillait et je n’avais pour l’assouvir que ce maudit lycée de Novozybkov et son apprentissage au rythme lourdaud et pesant des autres élèves. La vie de cette ville me paraissait insignifiante, Génia, comprends-tu ? L’envie du monde me dévorait. Du vrai monde. Du large monde. L’envie de voir, de comprendre, de parcourir, de mordre, même, alors que j’étais, là, englué, auprès de mes piteux camarades sans intérêts ni passions. Les filles me plaisaient, et je ne boudais jamais mon plaisir à flirter avec l’une ou l’autre. J’ai eu de très riches heures auprès de la sveltesse de leurs corps d’adolescentes. Mais je ne trouvais jamais non plus chez aucune d’elles ce partage profond, cette réalisation de ma vie que je cherchais alors. Mon corps, même, mon propre corps me semblait trop étroit à cette époque. J’étouffais d’immobilité.